Lexique de la musique cubaine

Salsa, son, guajira, guaracha, tango congo, clave, danzon, conga, pregon, guaguanco, mambo, cha-cha-cha, descarga, latin jazz... un petit lexique pour s'y retrouver...

Le son

Ancêtre de la salsa, le son naît dans les zones rurales d'Oriente à la fin du XIXe sicèle, mais ses origines remontent au XVIe siècle, avec le célèbre Son de la Ma'Teodora. Genre de chanson anecdotique relatant les incidents du quotidien ou exaltant la beauté du terroir, il évolue lui aussi d'une mesure ternaire à une mesure binaire. Très syncopé, il est caractérisé par une alternance soliste-choeur. Il est d'abord interprété par de petits groupes appelés bungas dont l'instrumentation consiste en botija (cruche dans laquelle on souffle faisant office de contrebasse), tres (genre de guitare originaire d'Oriente à trois cordes doubles), claves et bongo.

Dans les années 20 le son gagne la Havane et diverses agrupaciones de son se constituent dont des sextetos, composés de deux chanteurs (l'un s'accompagnant avec des claves, l'autre avec des maracas), tres ou guitare, contrebasse et bongo, des septetos (même instrumentation plus une trompette) et des sonoras (comportant trois trompettes).

Dans les années 40 et 50 naissent des conjuntos et des combos (comprenant un piano, une conga et diverses sortes de cuivres) et le son passe lui aussi au répertoire des grands orchestres. Le sonero (chanteur de son) improvise souvent des paroles sur une section de la chanson appelée montuno.

Il existe une variante plus lente du son appelée son montuno (son de la montagne).

La guajira

Genre de chanson d'origine rurale elle aussi (le mot gaujiro signifie "paysan"), la guajira se rapproche du son montuno. Son tempo est modéré, son canevas harmonique sommaire, et elle est généralement jouée à la guitare. La guajira la plus connue à l'étranger est sans conteste Guajira guantanamera.

Le bolero

Danse ternaire d'origine espagnole, le bolero se transforme à Cuba, au contact des Noirs, en genre musical à deux puis à quatre temps. Le bolero cubain, romantique et lent, mais avec un rythme clairement marqué, se développe à la fin du XIXe siècle dans la région d'Oriente. Il est d'abord exécuté par des trovadores, chanteurs s'accompagnant à la guitare, qui composent eux-mêmes de splendides boleros, puis par différents types de formation dont, dans les années 40 et 50, des grands orchestres. Le bolero se répandra dans toute l'Amérique latine et subira, sur le plan harmonique, l'empreinte du jazz.

Le danzon

Issu de la contradanza (forme créolisée de la contredanse française), le danzon surgit à la fin du XIXe siècle à Matanzas. Il est d'abord exécuté par des tipicas (orchestres de cuivres) puis, à partir du milieu des années 20, par des chanrangas, comprenant des violons (parfois aussi un violoncelle), une flûte traversière, une contrebasse, un piano, des timbales (caisses claires montées sur un pied) et un güiro. Le danzon comporte plusieurs parties séparées par des breaks souvent annoncés par un roulement de timbales (l'abanico), avec une coda plus rapide, permettant aux musiciens et aux danseurs d'improviser librement.

La conga

Danse de carnaval, la conga est, comme son nom l'indique, d'origine congo (bantoue). A la Havane et à Santiago, où se déroulent les carnavals les plus spectaculaires de Cuba, les comparsas serpentent dans les rues en dansant à la queue leu leu. La musique est scandée par des tambours, des cornetines (hautbois d'origine chinoise) ou des trompettes et divers instruments hétéroclites dont des poêles à frire (sartenes). Dans les années 30, la conga popularisée par des orchestres tels que celui de Xavier Cugat, fera fureur aux Etats-Unis.

Le pregon

Jusque vers les années 30 ou 40, à Cuba comme dans d'autres pays d'Amérique latine, les vendeurs de rue chantaient des chansons colorées, les pregones, témoignant souvent d'une riche imagination. Ces pregones ont inspiré diverses chansons populaires dont El manisero (Le vendeur de cacahuètes) et El botellero (le repreneur de bouteilles).

Le guaguanco

Le guaguanco appartient, comme la columbia et le yambu, au genre musical et chorégraphique appelé rumba brava. Le rythme, fourni par trois congas et des baguettes (palitos), est d'origine congo mais la partie vocale est issue du cante jondo, amené à Cuba par les Andalous. Dans les orchestres de musique populaire, le chanteur conserve ce feeling andalous et le piano exécute un motif contrapuntique (qui utilise les règles du contrepoint) appelé montuno de guaguanco.

La guaracha

Genre musical enlevé et à deux temps, la guaracha surgit au XVIIIe siècle dans les troquets du port de la Havane. Dérivée de certaines chansons picaresques espagnoles, elle passe au siècle suivant au répertoire du teatro bufo, influencé par le théâtre napolitain, puis à celui des orchestres de danse, tout en conservant son humour foncier.

Le tango congo

Le tango congo était jadis une danse de carnaval à deux temps d'origine bantoue. A partir des années 20 l'appelation s'applique à certaines chansons basées sur la même cellule rythmique et évoquant la culture noire de Cuba.

La clave

Genre d'air généralement à 6/8, exécuté par des groupes de chanteurs appelés coros de clave dans la zone du port de la Havane puis dans d'autres villes de Cuba. Dans les quartiers noirs, ces coros de clave s'accompagnaient avec des instruments de percussion dont des claves (baguettes de bois entrechoquées) et une viola (vihuela sans cordes sur le bois de laquelle étaient frappés des rythmes).

Le mambo

Avatar du danzon, le mambo (mot d'origine bantoue signifiant "prière" ou "conversation avec les dieux") est créé au début des années 50 par le pianiste cubain Damaso Pérez Prado. Etabli au Mexique, avec son grand orchestre, il emprunte le ritmo nuevo dissu du danzon et l'interpète avec des cuivres, une batterie et des riffs entraînants. Les bigs bands latins de New York : ceux de Machito, Tito Puente et Tito Rodriguez, reprendront le mambo avec des arrangements très élaborés.

Le cha cha cha

A Cuba, constatant que le mambo, avec ses syncopes complexes, était difficile à exécuter pour certains danseurs, le violoniste Enrique Jorrin, membre de la charanga Orquesta América, en ralentit le rythme. Il crée, vers 1953, le cha cha cha, plus carré et caractérisé par une sorte de hoquet sur le troisième temps. Comme le mambo, le cha cha cha se répandra comme une traînée de poudre dans le monde entier.

La descarga

Le terme descarga (signifiant littéralement "décharge") désigne des improvisations libres sur un shéma harmonique relativement simple. En 1956, le contrebassiste Israel "Cachao" Lopez organise pour le label cubain Panart une séance historique de descargas. Ces descargas, très dansantes, remporteront un immense succès aux Etats-Unis et vers le milieu des années 60, les premiers enregistrements de salsa s'en inspireront.

Le Latin jazz

Fusion du jazz et des rythmes latins - cubains en particulier, le Latin jazz se développe véritablement dans les années 40 sous l'impulsion des Afro-Cubains, le grand orchestre dirigé à New York par le trompettiste et saxophoniste cubain Mario Banza et son beau-frère le chanteur "Machito" (Frank Grillo), et à partir de 1947, sous celle du conguero Chano Pozo et de Dizzy Gillespie. Le Jazz cependant s'était infiltré à Cuba dès les années 20, et des éléments latins existaient déjà dans le jazz de la Nouvelle-Orléans. Depuis les années 70, le Latin jazz a connu un important renouveau à Cuba avec des orchestres tels qu'Irakere, ainsi que dans le reste de l'Amérique latine et aux Etats-Unis, où se sont exilés, depuis le début des années 80, plusieurs jazzmen cubains.

 

 

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